Vous avez signé un contrat d’alternance, mais la situation en entreprise ne se passe pas comme prévu. Tâches décevantes, ambiance difficile, manque de respect… La question de la rupture finit par se poser. Peut-on vraiment quitter une alternance ? Et si oui, comment ? Dans cette 6e vidéo de la websérie Le monde de l’alternance, Pierre Lom, du pôle relations entreprises d’EPB Paris, détaille les démarches concrètes à suivre — et les pièges à éviter avant de prendre une telle décision. Voici l’essentiel, organisé pour vous aider à y voir clair.
Contrat d’apprentissage ou de professionnalisation : une même logique de rupture
Avant toute chose, il faut distinguer les deux grands types de contrats d’alternance : le contrat d’apprentissage et le contrat de professionnalisation. Dans les deux cas, les modalités de rupture sont proches, mais quelques nuances existent selon votre situation spécifique et votre contrat exact.
Le contrat d’apprentissage est le plus répandu. Selon service-public.fr, sa rupture obéit à des règles particulières qui diffèrent du droit commun. Le contrat de professionnalisation, lui, s’assimile davantage à un contrat classique — les conditions de départ s’en rapprochent donc plus. Une bonne compréhension de votre contrat est essentielle avant d’engager toute action.
Dans les deux cas, le moment où vous souhaitez partir change tout : êtes-vous encore dans la période d’essai initiale, ou l’avez-vous dépassée ? C’est cette distinction qui détermine votre flexibilité et vos obligations légales. Bien connaître les termes de votre contrat garantit une rupture sans complications inutiles.
Les 45 premiers jours : la période d’essai, votre fenêtre de sortie libre
Pendant la période d’essai d’un contrat d’apprentissage, la rupture est simple et sans complications. Durée : 45 jours de présence effective en entreprise — une période décisive pour chaque apprenti en alternance. Attention — ce sont bien des jours travaillés, pas des jours calendaires. Les absences, congés et fériés ne comptent pas dans le calcul de cette période d’essai.
Concrètement, si vous êtes dans cette fenêtre de période d’essai, vous pouvez partir du jour au lendemain, sans motif, sans délai. Il suffit de remplir un formulaire de résiliation. C’est la procédure la plus simple et la plus protectrice pour tous. Aucun courrier spécifique n’est exigé durant cette période d’essai, aucune justification à fournir à l’employeur. Cette flexibilité protège les deux parties pendant les premiers mois d’apprentissage et de formation en alternance.
Conseil pratique : comptabilisez précisément vos mois de présence effective avant de vous positionner — semaine après semaine si nécessaire. Un apprenti qui se croit encore en période d’essai alors qu’il l’a dépassée s’expose à une procédure différente — et potentiellement plus complexe. Cette erreur de timing peut transformer une rupture simple en véritable enjeu juridique et professionnel dans votre alternance.
Au-delà de la période d’essai : la démission formelle, avec délai obligatoire
Une fois la période d’essai de 45 jours terminée, la procédure de rupture change radicalement. Pour quitter un contrat d’apprentissage et rompre votre engagement en alternance, le stagiaire doit respecter plusieurs étapes précises :
- Envoyer un courrier avec accusé de réception à son employeur — obligatoire pour la rupture du contrat
- Notifier par écrit sa volonté de mettre fin au contrat d’alternance
- Respecter un délai de 7 jours minimum à partir de la réception du courrier de rupture de contrat
- Conserver les preuves écrites de votre démarche pour sécuriser votre dossier et votre formation
La lettre recommandée avec accusé de réception est indispensable à cette étape de rupture du contrat. Elle constitue la preuve écrite de votre démarche et sécurise les deux parties légalement. Sans cet écrit formel, la rupture n’est pas opposable légalement — vous pourriez vous retrouver en difficulté administrative et professionnelle concernant votre contrat et votre formation.
Pour le contrat de professionnalisation, les règles du droit commun s’appliquent davantage. La durée du délai de préavis varie selon la convention collective applicable à votre entreprise et votre formation. Dans tous les cas, un courrier recommandé reste obligatoire pour sécuriser votre départ du contrat et votre alternance. Cette distinction est importante : ne pas confondre les deux types de contrat peut vous coûter cher en mois de travail et de formation perdus.
Pour les contrats de professionnalisation, il peut également être utile de contacter votre OPCO (Opérateur de Compétences) qui finance votre formation en alternance — celui-ci peut jouer un rôle informatif en cas de rupture et vous expliquer vos droits exacts concernant votre contrat et vos obligations de formation.
Avant de partir : les vraies questions à se poser
Pierre Lom est direct là-dessus : la démission ne doit pas être une décision prise sous l’émotion. Peser le pour et le contre, c’est la première étape indispensable avant de démissionner. Et cette réflexion doit s’articuler autour de quelques questions concrètes qui méritent une analyse sérieuse avant toute action et rupture de contrat en alternance.
Est-ce vraiment insoluble, ou juste inconfortable ?
Il y a une différence majeure entre une situation invivable — non-respect, harcèlement, conditions dangereuses — et une situation simplement décevante. Si les tâches ne correspondent pas exactement à votre fiche de poste, si l’ambiance n’est pas idéale, la discussion doit précéder le départ et la démission. Une simple conversation peut suffire à résoudre des malentendus et éviter une démission précipitée de votre contrat d’alternance.
Un apprenti qui n’a jamais exprimé ses difficultés à son employeur, ni à son centre de formation et de travail, se prive d’une vraie résolution du conflit. La confiance professionnelle se construit progressivement — exiger des responsabilités importantes dès les premières périodes génère des frustrations des deux côtés. Donnez plusieurs mois à votre alternance et votre formation avant de conclure que c’est insoluble.
Avez-vous informé votre centre de formation ?
C’est une étape que beaucoup d’alternants oublient — au risque de compliquer leur situation, leur contrat et leur formation. Le pôle relations entreprises d’un CFA existe pour jouer ce rôle d’interface entre le stagiaire et l’employeur. Il peut intervenir comme médiateur entre vous et l’entreprise, avant que la situation n’atteigne le point de non-retour et la rupture de contrat.
Si vous gardez vos difficultés pour vous, sans en parler ni à votre employeur ni à votre école de formation et de travail, la situation ne peut qu’empirer. Informer votre référent dès que quelque chose cloche, c’est souvent ce qui évite une rupture inutile et une démission hâtive. Votre centre a pour mission de vous aider dans votre alternance — utilisez cette ressource professionnelle.
D’ailleurs, en cas de conflit persistant, un médiateur officiel peut être sollicité. Chaque région dispose d’un médiateur, comme le prévoit le Code du travail, pour tenter de trouver un accord avant toute rupture de contrat d’alternance ou démission. C’est une étape souvent méconnue mais très efficace en matière de résolution de litiges et de conflits au travail.
Avez-vous déjà une autre opportunité ?
C’est le conseil le plus concret de Pierre Lom : ne partez pas sans avoir déjà trouvé une autre entreprise d’accueil. Rompre votre contrat sans filet de sécurité expose à plusieurs risques majeurs — perte du statut d’alternant, retard dans l’obtention de votre diplôme, interruption du financement de votre formation et de votre travail, période sans entreprise et sans revenus professionnels.
Selon les données de France Compétences, le taux de rupture des contrats d’apprentissage en France tourne autour de 25 à 30 % selon les années et secteurs — un chiffre élevé qui montre que ces situations d’alternance sont fréquentes, mais aussi qu’une bonne préparation de votre décision de démissionner fait la différence entre une transition réussie et un casse-tête administratif et professionnel.
La bonne posture : communiquer avant de partir et avant de démissionner
Un point central, souvent sous-estimé : maintenir une bonne relation avec son employeur, même en cas de départ et de rupture de votre contrat d’alternance. L’alternance, c’est aussi un réseau professionnel durable et précieux dans votre domaine de formation et de travail. L’entreprise d’aujourd’hui peut être une référence pour demain, ou un contact précieux dans votre secteur d’activité.
Si votre décision est actée et que vous demandez à rompre et démissionner, expliquez à votre employeur vos raisons, calmement et sans confrontation stérile. Respectez votre délai de préavis scrupuleusement après la fin de votre période d’essai. Quittez dans les meilleures conditions possibles de travail et de formation en alternance. Ce n’est pas naïf — c’est stratégique et cela sécurise votre avenir professionnel à moyen terme.
Et si la procédure vous semble complexe ou que vous craignez une réaction difficile, votre centre de formation peut intervenir comme médiateur pour que la rupture se déroule de manière ordonnée et apaisée. C’est leur rôle et leur responsabilité auprès de l’alternance et du travail des stagiaires.
Ce que la loi prévoit : les cas de rupture légitimes hors démission classique
La démission n’est pas le seul motif de rupture d’un contrat d’apprentissage et d’alternance. D’autres situations permettent de partir après la période d’essai, sans démission unilatérale et en respectant un motif légitime :
- Faute grave de l’une des parties (employeur ou apprenti) dans le contrat
- Inaptitude constatée par le médecin du travail
- Fermeture ou liquidation de l’entreprise employeur et fin d’alternance
- Obtention du diplôme avant la fin prévue du contrat d’alternance
- Accord écrit entre le stagiaire et l’employeur (rupture amiable du contrat)
- Motif personnel grave justifiant une rupture anticipée du contrat d’alternance ou de professionnalisation
La rupture amiable est souvent la voie la plus apaisée pour clore un contrat d’apprentissage. Elle suppose un accord écrit signé par les deux parties et transmis à l’OPCO dans les délais légaux. Elle évite le formalisme de la démission unilatérale et préserve la relation professionnelle entre l’apprenti et son employeur, ainsi que votre parcours de formation en alternance.
Dans tous les cas, la rupture doit être notifiée à l’OPCO, qui peut demander le remboursement des sommes versées si les conditions légales ne sont pas respectées. Mieux vaut respecter scrupuleusement les règles et délais pour éviter des complications administratives dans votre parcours d’alternance et de travail.
Les délais importants à respecter : comprendre votre calendrier de contrat
Plusieurs durées et délais de préavis sont à respecter attentivement tout au long de votre alternance et de votre contrat d’apprentissage ou de professionnalisation. Le non-respect de ces délais légaux peut transformer votre rupture en véritable imbroglio administratif. Voici les principaux points de repère à mémoriser pour votre contrat :
- Période d’essai : 45 jours de présence effective en mois de travail (premier délai critique du contrat)
- Délai après période d’essai : 7 jours minimum à partir de la réception de votre courrier de rupture
- Notification à l’OPCO : 30 jours maximum après la fin et rupture effective de votre contrat
- Délai de rétractation (contrat d’apprentissage) : 14 mois après signature du contrat d’alternance
- Durée totale du contrat : généralement 1 à 3 années scolaires selon le diplôme visé en alternance et en formation
Ces délais varient légèrement selon que vous êtes en contrat d’apprentissage ou de professionnalisation, d’où l’importance de bien connaître votre situation exacte avant d’agir et de demissionner de votre contrat.
Checklist : les étapes si vous souhaitez partir et démissionner
- ✅ Calculer vos mois de présence effective pour savoir si vous êtes dans la période d’essai de 45 jours de contrat
- ✅ En parler d’abord à votre référent au centre de formation — avant tout autre acte ou rupture de contrat
- ✅ Si possible, tenter la médiation avec l’employeur avant toute rupture formelle du contrat d’alternance
- ✅ Trouver une nouvelle entreprise avant de partir et de démissionner — crucial pour votre continuité professionnelle et de formation
- ✅ Après la période d’essai : envoyer une lettre recommandée avec accusé de réception — obligatoire pour rupture du contrat
- ✅ Respecter le délai de 7 jours minimum (contrat d’apprentissage) à partir de la réception du courrier de rupture
- ✅ Informer l’OPCO de la rupture dans les 30 jours de sa survenance et de la fin du contrat
- ✅ Conserver toutes les preuves écrites (accusé de réception, courriers, accords amiables de rupture)
Si vous envisagez une formation en alternance ou si vous êtes déjà engagé dans un contrat d’apprentissage et que vous traversez une période difficile, les conseillers du pôle relations entreprises d’EPB peuvent vous accompagner dans ces démarches et cette décision. L’objectif est toujours le même : que vous puissiez poursuivre votre formation et obtenir votre diplôme dans les meilleures conditions possibles. Pour explorer les contrats disponibles, vous pouvez consulter l’ensemble des BTS et Bachelors proposés.
Regardez l’épisode 6 de la websérie Le monde de l’alternance dans lequel Pierre Lom détaille l’ensemble de ces démarches, avec des conseils pratiques sur la posture à adopter face à son employeur et son centre de formation lors d’une rupture et d’une démission.
Questions fréquentes sur la démission en alternance
Peut-on demissionner d’une alternance sans délai de préavis ?
Oui, mais uniquement pendant la période d’essai de 45 jours de présence effective en mois de travail en alternance. Dans ce cas, aucun délai de préavis n’est requis et aucun motif ne doit être fourni à votre employeur. Au-delà de la période d’essai, un délai de 7 jours et une lettre recommandée sont obligatoires pour toute rupture formelle et démission de votre contrat.
Que se passe-t-il si je pars sans avoir retrouvé une entreprise ?
Sans nouvel employeur, vous perdez votre statut d’alternant immédiatement après la rupture et la fin du contrat. Vous pouvez éventuellement poursuivre votre formation en initiale, mais le financement change radicalement et votre parcours de travail en alternance peut être perturbé. Il vaut mieux sécuriser une nouvelle opportunité de contrat en alternance avant toute rupture de contrat.
Dois-je informer mon école si je veux rompre mon contrat d’alternance ?
Oui — et c’est même la première étape recommandée prioritairement avant toute action et avant de démissionner. Le centre de formation peut jouer le rôle de médiateur entre vous et l’employeur, identifier des solutions durables et vous accompagner dans la procédure de rupture et de travail. Agir seul sans en informer votre école complique souvent votre situation et votre décision en alternance.
Le délai de 7 jours s’applique-t-il aussi au contrat de professionnalisation ?
Pas nécessairement. Le contrat de professionnalisation étant assimilé à un contrat classique, la durée du délai de préavis dépend de la convention collective de l’entreprise et de votre secteur de travail et de formation. Consultez votre OPCO ou un conseiller pour connaître les règles exactes applicables à votre situation, secteur et employeur.
Peut-on rompre un contrat d’alternance à l’amiable ?
Oui. La rupture amiable est possible après la période d’essai, via un accord écrit signé par les deux parties et transmis rapidement à l’OPCO. C’est souvent la voie la plus apaisée pour démissionner — elle préserve la relation professionnelle et simplifie les formalités administratives de votre contrat et de votre travail en alternance.